Souvenirs dévastés
Repères évanouis
Témoins vivants méprisés
Ames dans l'oubli
Plume .
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C’était les pas du Gros, El Gordissimo, comme l’appelaient ses pairs. Il pouvait imaginer la poussière ocre se détachant du sol de terre battue et voletant pour accrocher le peu de lumière qui passait par le vasistas du corridor. Retombait-elle quelques centimètres plus loin ? Ses geôliers n’étaient pas de mauvais bougres, ils lui apportaient parfois des nouvelles de l’extérieur par le biais d’une lettre, ouverte, bien sûr, où les ciseaux de la censure avaient œuvré. Ces lettres, trois en presque deux ans, il les gardait sous le matelas éventré dont les ressorts avaient été ôtés pour ne laisser qu’une couche avachie.
Il ne les lisait que deux fois par semaine, comme on va à l’Eglise prier. Il craignait que la fine écriture ne s’évapore au contact de l’air âpre de la prison -ou de sa respiration-. Chaque dimanche et chaque mercredi, de ses belles mains de musicien, il déliait les lettres. Alors, l’encre bleue semblait palpiter de liberté. Puis, nourri d’espoir de n’être pas oublié, il les rangeait, doucement, une à une, dans une vieille enveloppe qu’El Gordissimo lui avait donnée. Tiens, les pas continuaient plus loin, peut-être pour aller jusqu’à la cellule du fond, celle d’où les râles nocturnes d’un malade s’échappaient.
Paolo avait la musique. Bien sûr, il ne pouvait la partager avec ses compagnons d’infortune – y compris ses gardiens- sans instrument et avec l’interdiction de chanter. Nul ne peut imaginer une prison où les prisonniers chanteraient en réponse à l’'un des mécanismes primordiaux du piano : le mécanisme d'échappement … Cette appellation technique le faisait encore sourire …
Alors, chaque matin, après le premier quart, il dessinait sur le sol les quatre -vingt-huit touches d’un piano et ses mains, articulées par et pour la musique, jouaient à sa mémoire « La Cantate de l’Espoir » …
Valdy
Nakamura San, la fille du Saule et des Fleurs
Elle ignore le fard blanc destiné à ses sœurs les Geishas, car la neige soyeuse et chaude de sa peau a
toujours été préservée du soleil. Il me semble que Nakamura San a reçu des kamis de la rivière Sumida, la fluidité de sa chevelure et, lorsque sous mon regard ébahi, celle-ci se
répand bien au-delà de ses hanches, il me faut la démêler. Je divise alors le flot enivrant de part et d’autre de sa tête, enchâssant les noires colonnes de ses cheveux sous de lourds peignes. A
ce moment-là, je pleurerai pour elle, car je les emprisonne dans une cage d’or, de perles et de bois. J’apprends l’art du maquillage à l’aune de ses yeux et, lorsque le doux bombé de
ses paupières s’abaisse, je devine en dessous la noirceur de son iris. C’est dans ce noir si précieux, pareil à la meilleure encre, que les hommes se risquent s’ils demandent son regard.
Aujourd’hui, dans le « jardin des mousses » elle a chanté, seule. Agenouillée sur une courtepointe chamarrée, à l’ombre d’une tenture, elle a conté, retenant sa peine, l’histoire des amants
séparés de Kyôtô. Nakamura San est une vraie fille du Saule et des Fleurs, dévouée entièrement à l’Art, le moindre de ses geste nous fait prendre conscience de l’instant présent. Pour sortir, je
l’avais aidée à revêtir le kimono de la troisième saison « l’été après l’été ». J’avais relevé sa chevelure et le col de celui-ci s’ourlait d’une courbe écarlate, sur la soie, des grues
semblaient prendre leur envol. Sa nuque audacieuse que j’avais ornée de poudre de riz était arquée comme la corde tenue dans la main de l’archer. Je vis alors ses doigts ciselés qui tremblaient
et, sur chacun d’eux, comme des pétales de prunier cristallisés dans le givre, ses ongles cassés …
VALDY
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Le petit caillou
Je suis le petit caillou de Jérémy. Nous sommes des amis de longue date. Je voyage avec lui depuis des années, parfois dans sa veste, souvent je fais une trêve sur son bureau, ou alors il me serre dans le creux de sa main pour chasser son stress.
S’il m’avait sélectionné, c’est que j’étais beau, donc j’avais une chance de me tirer d’affaires et de ne pas terminer ma vie soit comme un projectile sur les oiseaux ou soit de finir quelque part dans une mare. Qui viendrait alors me chercher ? « Wahou ! Qu’il est mignon celui-ci. » l’entendis-je murmurer, puis s’adressant à sa mère :. « Maman regarde comme il est beau, c’est le plus beau de tous. Je vais le garder toujours avec moi. » Diable ! Un vrai coup de foudre. Après tout je n’étais pas mécontent et je rougis, foi de petit caillou.
Gérémy devint un adolescent à la fois timide et turbulent, riant et pleurant ses chagrins déjà gros. Au fond de ma poche pardon la sienne, je sentais ses doigts tremblants me caresser. Il me parlait comme on le fait avec une personne. « Mon petit caillou, heureusement que tu es là. Au moins tu ne dis rien tu es toujours d’accord. Ce n’est pas comme Elle qui vient de me laisser pour le bel Adrien. Qu’a-t-il de plus que moi, je te demande ? » Que pouvais-je bien lui répondre et faire pour l’aider. Alors il me portait à ses lèvres et murmurait des prières pour qu’elle revienne, mais elle avait le cœur dur comme du granit. J’étais devenu son confident. De nuit sans sommeil, en jours tristes, de belles journées en soirées bien arrosées, les années s’écoulèrent et Gérémy devint un homme et il partit à la guerre, mais jamais il ne m’abandonna. J’étais dans la poche de son veston chaque instant près de son coeur. La balle qui s’écrasa sur moi ce jour là lui sauva la vie. J’avais beau être un caillou, j’avais aussi un cœur. Croyez-moi, les cailloux en ont un aussi et surtout les petits.
A son retour, pardon à notre retour, le beau Gérémy se maria et la main douce de sa bien aimée m’adopta. « Tu as vraiment un beau caillou, mon Gérémy. Ne t’en sépare jamais, c’est ton porte bonheur. ». J’étais devenu un talisman pour la belle demoiselle et mon cher Gérémy. Quel honneur. Ainsi, je coulerai des jours heureux, dans une poche, dans une main, sur la cheminée, etc.
Aujourd’hui je suis de retour sur le bureau. Je veille comme une sentinelle cette petite boîte grise. Mon ami s’en est allé pour toujours.
Je suis un petit caillou et chaque nuit, lorsque tout s’éteint, je laisse mes larmes couler. Plus jamais je ne sentirai la chaleur de sa main, ni le confort de ses poches. Gérémy est maintenant devenu poussière et moi je suis toujours un petit caillou qui a mal et qui pleure en silence. Je ne suis pas de
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Au chant du muezzin, tout est rose à l'est, à perte de vue sur la hamada. Vers le djebel, une longue saignée verte d'où émerge la chevelure des palmiers. L'âne approche à petits pas rapides, descend le sentier vers le fond de la faille et s'arrête au bord de l'oued.
L'homme est déjà là, occupé al-woudou, l'ablution avant Al-fajr, la prière du matin. L'âne avance un sabot prudent dans l'argile craquelée et boit doucement pour ne pas déranger l'homme qui prie debout comme les montagnes, s'incline comme les animaux, se lève et se couche comme les astres, au rythme de la sourate, louange au créateur et ses merveilles.
Sous le poids des fruits, les oliviers aux feuilles d'argent s'inclinent, protecteurs, au-dessus des parcelles où lève le grain, tapis de verdure, promesse encore fragile, Inch Allah ! L'homme se relève, coupe un papyrus à la tige cassée qu'il plante tête en bas dans le limon. Il rejoint l'âne, lui passe un licou, petite tape sur le flanc ; ils partent. Quatre pattes tricotent allègrement, deux jambes allongent des pas décidés.
Un bruit mat dans l'herbe derrière eux : une datte est tombée, dorée dans un nid vert fluo.
Tout ce qui vit tire sa nourriture de la terre. La verdure est notre lit.
Bab
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Le bas-côté.
Sur le bord de la route qui conduit à la plage,
Il y a un bas côté très pentu,
Si tordu que je n'ose plus l'emprunter
De peur de m'y laisser tomber.
Je m'accroche parfois au rebord de mon grand lit en chêne,
La tête en sueur,
Ne sachant plus si je divague
Ou si j'ai peur.
Sur le bord de la rive qui conduit à la mer,
Il y a un tapis vert,
Gluant,
Oppressant,
Tout mouillé et je n'ose pas l'enjamber de peur de m' y laisser couler.
Je m'accroche parfois au rebord de mon grand lit en chêne,
La tête en sueur,
Ne sachant plus si je divague
Ou si je meurs.
Je me laisse glisser sous les draps en cotonnade grise et verte,
Pour rêver au remou des algues abandonnées à mes tristes pensées...
Annick SB
Le tablier neuf
Chez nous, les tabliers sont une grande histoire de famille. Grand-père, même à la retraite, portait encore chez lui son sarrau anthracite de directeur sévère. Grand-mère et Maman avaient le leur en classe et chez elles. Les adultes donnaient l'exemple : pas question d'user prématurément les vêtements, ni d'excuse pour rechigner aux travaux domestiques. Le meilleur tablier pour l'école, et le plus défraîchi pour la maison ; c'était la règle.
Et nous, petite troupe de huit garnements courant partout, on se transmettait en cascade d'une année sur l'autre, les deux tabliers neufs achetés à chaque rentrée pour les aînés, un garçon et une fille. Quant à moi, petite dernière, je guettais avec inquiétude ou envie, selon les modèles, celui qui m'échoirait en cours d'année. Je ne figurais jamais au tableau des élégantes de la classe qui paradaient le lundi matin en chaussures vernies, autorisées une fois par semaine pour finir les habits du dimanche auxquels elles étaient assorties. Au moins je n'avais pas à m'inquiéter de la poussière ramassée en courant dans les feuilles mortes, ni même des accrocs. J'accusais l'usure du tissu.
Une année, après une grosse scarlatine et trois semaines au lit, j'avais brutalement grandi de plusieurs centimètres. On aurait dit que j'étais montée sur de maigres échasses toutes blanches. Plus aucun vêtement ne tombait au bon endroit, surtout les jupes et tabliers qui finissaient à mi-cuisse. On me fit remarquer en ricanant, à mon retour, que j'avais encore rétrogradé au classement de l'élégance puisqu'on voyait ma culotte.
Le budget familial s'accomodant mal des dérogations à la règle de l'unique achat annuel, ma marraine se porta à mon secours pour offrir la gare-robe d'urgence.
Et le lundi suivant, c'est d'un pas de sénateur que je fis mon entrée dans la cour de l'école. D'un air faussement détaché, j'avançais en me forçant à regarder droit devant moi comme si tout était parfaitement normal. Les chipies aux souliers vernis se poussaient du coude en se parlant à l'oreille, tandis que je savourais le triomphe du vilain petit canard après sa métamorphose.
BAB
Le coquillage ensorcelé
Océane courait sur le sable. Le soleil se levait, le matin était frais mais la journée
promettait d'être ensoleillée. La jeune femme venait d'obtenir les résultats de ses examens en école
d'infirmièrex: elle était admise en troisième année. Afin de se reposer quelques jours avant de commencer quelques stages en clinique pendant la période estivale, elle avait investi l'appartement de sa grandmère,situé en bord de mer, sur la Côte
d'Opale.
La jeune fille avait pris l'habitude de courir chaque matin pour maintenir sa forme mais
aussi parce qu'elle considérait cet effort physique comme un excellent remède contre le stress qu'elle avait
accumulé au cours de ces derniers mois. Seule sur la plage, Océane sentait avec plaisir ses pieds s'enfoncer dans le sable. Elle avait noué sa longue chevelure auburn en une natte se balançant dans son dos au rythme de ses foulées. Ses yeux émeraude perçaient la brume matinale comme pour lui montrer le chemin.
Tandis qu'elle courait la jeune femme ne pensait à rien, ou plutôt, focalisait ses pensées
sur sa respiration régulière. Alors qu'elle était sur le point de faire demitour
et reprendre sa course,
Océane trébucha sur un objet dur qu'elle n'avait pas remarqué, enfoui dans le sable. Elle
s'arrêta uninstant pour masser sa cheville endolorie et s'accroupit pour chercher ce qui avait pu la ralentir.
C'est alors qu'elle découvrit un énorme coquillage rond et dur. La jeune femme ramassa l'objet et le
tourna en tout sens. Jamais elle n'avait vu un tel coquillage. Instinctivement elle le porta à sonoreille. Des sensations étranges l'envahirent. Elle entendait le ressac de la mer, le bruit des vagueséclatantes de lumière se jetant sur le sable en un millier d'étincelles sublimes. Océane ferma les
yeux, s'abandonnant à ses sens en éveil, et comme prise d'une soudaine nostalgie, elle
laissa vagabonder son esprit par delà les mers et les océans. Elle s'imagina sur une île sans civilisation, où
la Nature serait intacte, non souillée par l'Homme, où les senteurs exotiques se mêleraient à l'odeur de la mer pour éclater en un parfum suprême et entêtant, voluptueux et gourmand.
Bien difficilement, la jeune femme revint dans la dure réalité, bouleversée par cette
multitude de sensations. D'humeur joyeuse, elle décida de cesser sa remise en forme et retourna
à l'appartement, emportant le coquillage avec elle. Sur le chemin du retour, Océane chantonnait, heureuse, souriant à la vie et au destin.
A peine arrivée chez elle, Océane décida de prendre une douche et, sans savoir
exactement pourquoi, elle emmena avec elle le coquillage qu'elle posa sur le rebord, près de son shampooing et
de son savon. L'eau bouillante sortait à jet régulier et relaxait le corps de la jeune femme.
Soudainement, une sensation de plénitude s'empara d'elle, un bienêtre
extraordinaire, une paix immense comme si elle se trouvait hors du temps. Océane se mit à chanter : sa voix claire et haute monta dans la salle de bains, et plus les sons s'entremêlaient, plus l'amplitude augmentait. La jeune femme saisit le coquillage, ferma les yeux et le porta de nouveau à son oreille.
Son esprit fut transporté dans les fonds sousmarins.
Elle se vit nager au milieu des poissons multicolores venant la frôler tendrement, comme pour la saluer avec affection. Un hippocampe s'approcha d'Océane et lui murmura à l'oreille quelques secrets ou légendes oubliés dans une langue inconnue mais que la jeune femme pouvait comprendre. Une étoile se glissa dans ses cheveux brillants et des huîtres s'ouvrirent pour laisser échapper leurs perles de nacre qui s'assemblèrent
autour de son cou. Une pieuvre offrit ses tentacules, Océane tendit ses bras et elles se mirent
à tournoyer, dansant sous les flots, au rythme des coquillages se claquant les uns contre les
autres.
La musique émise par le coquillage diminua progressivement et disparut, emportant les
images avec elle. Toujours gaie et détendue, Océane sortit de sa douche, se vêtit rapidement et
passa la matinée sur le balcon, tournant les pages d'un livre qu'elle ne lisait pas vraiment, encore sous
l'emprise de la magie des émotions ressenties plus tôt. Après un repas léger, la jeune femme décida de profiter de cette belle journée pour faire une petite sieste sur la plage, au soleil. Elle enfila son
maillot de bain, fourra les indispensables serviette de plage, lunettes et ambre solaire dans
sa besace et prit la direction de la mer.
Océane s'étendit sur le sable, laissant les rayons du soleil caresser et hâler sa peau délicate.
Elle sombrait doucement dans le sommeil lorsqu'elle entendit brusquement le son du
coquillage, bien que celuici fut resté
sous la douche. La jeune femme s'éveilla totalement et, sur une impulsion soudaine, elle se leva et courut vers la
mer.
L'eau était tiède. Elle se jeta dans une vague. Une exquise sensation de bienêtre
se répandit en
elle. Elle plongea de nouveau et resta quelques minutes sous l'eau, puis elle reprit sa respiration et retourna dans
les fonds, toujours plus longtemps, toujours plus profondément. Tout à coup, elle fut éblouie par une lumière très
intense. Elle sentit que ses jambes s'unissaient pour ne faire plus qu'une, puis cet unique membre se transforma
progressivement pour former une queue de poisson.
Elle se rendit alors compte qu'elle pouvait respirer sous l'eau. Elle était devenue une sirène...
Océane nagea au milieu des poissons tournant autour d'elle comme pour lui souhaiter la
bienvenue. Les habitants aquatiques semblaient avoir retrouvé une amie. Les coquillages
s'ouvraient et se refermaient pour la saluer comme on ferait une révérence, les étoiles sautillaient de joie.
La jeune femme avait l'impression d'être rentrée chez elle, enfin ! Heureuse, elle se mit à chanter pour
exprimer sa félicité. Elle se sentait possédée par la paix et le bonheur, par la joie et la soif de liberté, moteurs de son exploration des fonds sousmarins.
C'est alors qu'elle les vit : des jeunes femmes et des jeunes hommes avec une queue à la
place de leurs jambes, comme elle. Ils étaient des centaines, tous réunis, la regardant le
sourire aux lèvres. Océane les observa stupéfaite mais un homme en particulier attira son attention : il portait
de longs cheveux blancs qui contrastaient avec sa peau hâlée et son regard de jais. L'homme se détacha
du groupe et s'approcha de la jeune femme, lui tendant la main. Elle accepta l'invitation, confiante, et le suivit dans les visites des curiosités aquatiques. Ils nagèrent ainsi ensemble durant des heures,
puis, rejoignant les autres qui regardaient le couple avec bienveillance, Océane et son ami se
mirent à chanter et danser ensemble. Un regard, un sourire suffisaient. Nul besoin de mots, ils se comprenaient au travers des échanges de tendresse, oeillades affectueuses et douces caresses . Tandis que l'homme posait légèrement ses lèvres sur celles d'Océane, elle fut de nouveau éblouie par une forte lumière.
Tout était calme. La jeune femme était allongée et se sentait lasse. Son estomac se serrait
en crampes douloureuses, elle éprouvait de violentes nausées et une migraine la torturait. Elle ignorait
où elle se trouvait et ce qui lui arrivait. Par un immense effort, elle réussit à soulever ses paupières :
sa vision était trouble mais elle pouvait apercevoir une jeune femme vêtue de blanc.
Celleci s'approcha et lui dit :
« Bonjour, Mademoiselle. Vous voici enfin revenue parmi nous. Nous avons une très peur de
vous perdre.
– Où suisje ?
murmura Océane
– Vous vous trouvez à l'hôpital SainteMarie.
– Mais... Pourquoi ? Que m'estil arrivé ? demanda la jeune fille
– Vous ne vous le rappelez pas ? Vous dormiez sur le sable et vous avez été surprise par
la marée qui monte très rapidement par ici. Des personnes ont essayé de vous prévenir mais vous ne vous réveilliez pas. Malheureusement ils croyaient que vous les aviez entendus alors ils sont partis. Vous avez failli vous noyer et ce n'est que de justesse que vous avez été sauvée. Comment vous sentez-vous ? l'interrogea
l'infirmière
– Très fatiguée, répondit Océane du bout des lèvres
– Alors reposezvous, vous en avez besoin. S'il vous fallait quelque chose, n'hésitez pas à
m'appeler en appuyant sur ce bouton et j'arriverai. »
Quelques jours plus tard, Océane sortit de l'hôpital et retourna à son appartement. Elle
se souvenait parfaitement de son rêve, celui qu'elle avait fait alors qu'elle dormait sur la plage. La jeune
femme chercha le coquillage qu'elle considérait à l'origine de ses premières illusions. Elle le retrouva à l'emplacement même où elle l'avait abandonné avant de partir, sous la douche.
Elle le prit délicatement, comme un trésor détenant un immense pouvoir. Elle l'examina
longuement avant de le porter de nouveau à son oreille et ferma les yeux, répétant ainsi les
mêmes gestes. Elle avait besoin de savoir, besoin d'être sûre que ce n'était qu'un rêve ou de comprendre la
magie de cette création issue de la mer. Elle attendit, attendit mais n'entendit plus rien.
Il était temps pour Océane de rentrer chez elle : ses vacances étaient terminées et elle
était attendue pour un stage en clinique maternité. Elle emporta dans ses bagages le fameux coquillage,
l'emballant précautionneusement comme s'il s'agissait d'une relique d'un monde passé échoué sur une plage du présent. Elle conserva en elle la nostalgie de ces instants de plénitude, avec le secret espoir qu'un jour, peut-être...
Audrey
Il y a quelque chose de doux et de fort
Dans ce jardin secret
Somptueusement
Le rêve américain
En clair,
Où plane un souffle marin
Dont l’univers serein
Sublime à tout vent
Le moindre élément
Parachute étrangement
Le courant vie
D’envies…
Que signale à tout venant
Un équinoxe pleins feux
Via la grande bleue.
Dans ce jardin secret
Des êtres solaires
Sourient et prient
Heureux.
Angeljanvier
C’était un petit jardin
Un lieu secret de mon enfance
L’allée centrale s’encadrait
De beaux poiriers en espalier
Pêchers, pommiers se succédaient..
Un calme ruisseau y serpente
Conduisant vers l’ancien lavoir
J’entends le vent froisser les saules
Je vois rougir les capucines
Frissonner les roses pompons
Les troènes embaument au printemps
C’est là que se tient le refuge
D’une tortue vieille et placide
J’ai oublié le potager
Dans l’eau m’envoûtent les reflets
C’était un petit jardin
Secret d’années dans l’insouciance
Avant le temps d’un long départ
Avant la grande parenthèse…
Martine D
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