Les retrouvailles ont été si belles.....Il est arrivé un soir d'été, au soleil couchant, apparu à l'improviste, rien ne laissait présager sa venue.
Leurs regards se sont croisés; en silence, que de mots se sont-ils dit, en l'espace de quelques secondes qui leur a paru une éternité! Elle ne pouvait détache son regard de ces yeux bleus comme l'océan, attendus si longtemps, espérés...Leurs mains se sont cherchées, que de messages peut-on faire passer dans une simple pression des doigts....
Combien de temps sont-ils restés ainsi, sans paroles mais en parfaite harmonie....
Et, lorsque sur un "Je t'aime " murmuré, il est parti, elle l'a regardé, attendrie, disparaitre dans la rue.
La nuit est tombée et l'espoir renait, peut-être..un jour, réapparaitra-t-il, au bout de la rue...."
Aujourd'hui ,je publie les textes de Lasidonie et de Martine.Ils sont à lire absolument tout comme les précédents! De vrais bijoux...je me régale!
Lisez plutôt...
« Je t’ai aimé , crois moi »
Assise dans le bus elle lit « La place » d’annie Ernaux et butte sur cette phrase « peut être sa plus grande fierté, ou même la justification de son existence, que j’appartienne au monde qui l’avait dédaigné »
Un discret parfum de lavande la surprend. Elle abandonne sa lecture, lève les yeux. Un homme assis en face d’elle dans le bus fait des mots croisés. La blancheur de son visage contraste avec ses cheveux très bruns, brillants, lissés en arrière. Ses yeux vifs et noirs sont cerclés de lunettes rondes aux épaisses montures d’écaille.
Sa bouche fine affiche une moue perplexe pendant que sa longue main aux ongles courts et soignés s’agite et remplit hésitante avec un crayon à papier quelques cases blanches.
L’homme soudain met son crayon dans la poche interne de sa veste bleue marine, referme sa revue de mots croisés et la range dans une serviette plate en cuir noir. Il lève les yeux, l’aperçoit, la contemple avec un regard surpris exprimant à la fois fierté et fragilité. Le bus ralentit, il lui sourit tout en se levant et murmure à son attention : « je t’ai aimé, crois moi »
Elle le suit du regard. Des larmes, qu’elle ne peut retenir, coulent sur son visage. Le bus s’arrête, l’homme descend allume une cigarette. « Papa » crie t’elle sans pouvoir se lever et le suivre. Elle le regarde attendrie disparaître dans la rue.
Une sonnerie stridente vient interrompre le bonheur fugace de l’instant. Elle se réveille, son oreiller est trempé de larmes. Elle se lève laissant derrière elle son passé pour songer à la journée qui débute. Elle aime la magie de l’aube , ce moment unique où tout est encore possible.
Martine http://www.cergyrama.com
Un rêve d’ombre et de lumière
Décor : une pièce à l’étage, un peu sombre , dans un coin, à gauche, un poêle à l’ancienne vitré, devant, un petit pouf bas sur lequel est assise une femme d’âge moyen, d’allure jeune, vêtue de rose. A l’arrière dans son dos, sur un siège qu’elle distingue à peine, est assis un homme. Dans l’air retentissent le son de la flûte et la mélodie du concerto « d’Aranjuez ».
Sous le charme, elle garde les yeux fixés sur le foyer sans flamme. De temps à autre pour rompre la gêne ressentie, ou masquer son trouble, elle se lève, fait quelque pas puis se rassoit en prenant une pose de fausse assurance.
Le chant de l’instrument cesse bientôt sous les dernières mesures de la composition musicale. Instinctivement elle tourne la tête, des gouttes de sueur perlent au front de l’homme « Tu ne pourras pas dire que je ne pense pas à toi » dit-il. « C’était difficile d’adapter ce morceau ». Son cœur bat fort « Il a joué pour moi ! » pense-t-elle en se dirigeant vers le seuil de la porte qui mène à l’escalier plongé dans une demi obscurité. Elle s’arrête, tétanisée : il est là, sans une parole….tout prés, ses yeux la suivent. Elle sait qu’il faut juste un peu d’audace pour que cette distance s’abolisse. Mais trop intimidée, elle ne peut que porter son regard sur ses traits : « pourquoi lui ? Qu’a-t-il de si extraordinaire ? Rien, regarde bien ! » Ces mots martèlent son esprit, mais l’attirance est la plus forte ! Elle esquisse quelques pas puis, sans savoir comment, quelque secondes plus tard elle est tout contre lui, dos tourné, son buste enserré avec douceur, tendresse, par des bras délicats. En un relâchement total, toute tension brutalement disparue, confiante, elle abandonne sa tête en arrière sur l’épaule offerte, avide de la chaleur trouvée dans ce contact pudique. Aucun bruit, aucun mot…un moment de pur bonheur, d’éternité.
Quelques instants plus tard dans une salle de séjour très faiblement éclairée par le rai de la lumière extérieure qui filtre à travers les persiennes, ils sont assis l’un en face de l’autre, mains tendues l’un vers l’autre. Leurs yeux dans ce clair-obscur ne se quittent plus. Ils baignent dans une sorte de quiétude complice, ouatée, et n’entendent aucune de leurs paroles mais ce sont celles d’un aveu muet longtemps différé.
Soudain une autre femme fait irruption, regarde, stupéfaite. Avant qu’elle ait pu dire un mot retentit, bien appuyée, mais l’air de rien, une phrase de diversion, banale, enchaînée spontanément. Lui, s’est déjà levé précipitamment, s’affaire prés d’un meuble. Elle, muette, observe, elle n’est pas dupe. Un grand malaise a remplacé la félicité. La glace s’est emparée des corps et des cœurs étreints de culpabilité irrationnelle. Le rêve est devenu cauchemar ! Le cœur battant la chamade la femme en rose ne songe plus qu’à s’enfuir : Comment cacher la forte émotion qui la fait trembler de plénitude et d’angoisse !
La porte franchie, en quelques enjambées elle a gagné la limite du parc tout proche. Un pincement pourtant la pousse à se retourner : la clarté du jour retrouvée dessine une silhouette fragile, marquée par la vie, celle de celui qui, délaissant la pénombre, s’éloigne à pas lassés dans un rayon de soleil. S’imprégner de cet éphémère, en retrouver le merveilleux, le fixer pour toujours dans sa mémoire, elle ne songe qu’à cela ! Alors, immobile, attendrie, elle le regarde disparaître dans la rue, s’évanouir dans l’éblouissement d’un éclair lumineux, emportant avec lui leurs derniers rêves heureux.
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Elle le regarde attendrie, tandis que se joue sur son vieux phono, la petite sonate en ré majeur de son compositeur favori.