QUAND JE PARLE D'AMOUR de VALDY

Publié le par beaudroit_juliette

 

 

... Aujourd'hui, quand je parle d'amour, l'herbe tend l'oreille. Pourtant, je n'ai pas jamais parlé d'amour lorsque je vivais. La guerre était ma passion et le sang, mon vin d'ivresse. Les femmes à la nuque ployée avaient toutes la même chevelure, une coulée sombre que je retenais d'une main pour saisir le regard qu'elles me refusaient. Dans cette clairière où je suis mort, une fillette vient chaque jour. Elle nettoie la neige du cerisier sauvage sur la pierre noire , puis, elle y dépose sable et galets. Ainsi, elle me rend hommage. Pourtant, le chemin qui mène à la plage est tortueux, mais ses petits pieds qu'elle déchausse malgré l'interdiction ont l'agilité du chat sur les toits. Akiko Chan* est mon enfant. Même fille, elle pourrait être formée à se battre sous la bannière du Clan. J'ignore qui lui enseigne l'écriture mais, lorsque de son index tendu, elle trace sur le sable répandu les signes de l'éternité et de l'amour, elle rompt le serment d'allégeance au Daimyo Hikagawa.

Parmi les herbes coule une source qui mène au village où elle vit avec sa mère. J'ai demandé aux kamis* de l'eau de veiller sur elle et son rire souvent me parvient ... Aujourd'hui, lorsque je parle d'amour, l'herbe tend l'oreille.

VALDY

 

Chan : suffixe ajouté au prénom des fillettes pour dire « petite »

Kamis : Les kamis s'attachent à des objets sacrés, êtres spirituels, animaux, sources, chutes d'eau, montagnes sacrées, phénomènes naturels, symboles vénérés. Ils sont réputés favoriser les rapports entre les parents et les enfants et les ancêtres et leurs descendants. (religion Shinto)

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Publié dans VALDY

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sagahan 19/10/2012 01:00


Joli texte !

Suzâme 28/05/2012 11:34


Un très beau texte pour tout ce qu'il évoque de liens entre la vie et la mort, l'innocence et la douleur... Tellement de sens nous arrivent en lisant. Je t'invite à écrire d'autres textes courts,
des nouvelles mais c'est peut-être ce que tu fais déjà. J'espère avoir plus de temps pour explorer ton écriture. Bisous. Suzâme

unsoirbleu 27/05/2012 19:49


Bonsoir Valdy la sauvageonne. Je reste ébaubie (sourire) devant ce texte : c'est cherché, érudit et tendre. Moi aussi j'aimerais écrire tel que tu le fais. Question de style ? Je ne sais pas.
Merci à Juliette.