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Vendredi 7 décembre 2007



De bons souvenirs, semble-t-il, et ce coeur qui bat la chamade à la moindre alerte, fait partie de l'aventure...



Choisissez de préférence une nuit sans lune. Ne tentez pas l’expédition à dix ou quinze mais à deux ou trois, tout au plus. Choisissez de bons potes en qui vous avez toute confiance.
Attendez l’extinction des feux et que le pion ait quitté le dortoir. Si vous connaissez ses habitudes, c’est encore mieux.
Laissez passer quelques minutes et quittez le dortoir en veillant particulièrement à ce que la grande porte ne grince pas. Une goutte d’huile déposée discrètement la veille constitue une bonne préparation.
Descendez le grand escalier monumental jusqu’au premier étage et parcourez les cinquante mètres du couloir vert le plus rapidement possible en faisant attention à ce que personne ne puisse vous apercevoir de l’extérieur par les grandes fenêtres qui donnent sur la cour d’honneur.
A l’autre extrémité du couloir, vous atteignez le rez-de-chaussée par les escaliers de l’aile gauche du bâtiment. A ce stade, je vous conseille une pause pour souffler et calmer les battements de votre cœur. Un renfoncement sous les marches de l’escalier s’y prête parfaitement.
Passez devant les casiers à baskets. Vous voilà au seuil de la cour des moyens. C’est là que les choses se compliquent.
Surveillez qu’il ne reste pas un insomniaque en promenade digestive ou en lecture de bréviaire. Tendez l’oreille et soyez attentif au moindre bruit. La soutane noire se confond très facilement avec la nuit.
Longez le mur des douches et des ateliers d’activités manuelles. C’est un passage délicat, à découvert. Ne trainez pas. Une fois le préau des moyens atteint, profitez de son couvert et longez les tinettes. Passez devant la questure et poursuivez de la même manière dans la cour des minots.
Les risques diminuent lorsque vous atteignez le parc et ses buissons salvateurs. Toutefois, restez vigilant et ne relâchez pas la garde. On a déjà eu à connaître de lectures de bréviaires très tardives dans la nuit et dans les allées du parc.
Longez le mur d’enceinte jusqu’aux ateliers du menuisier du collège. Prenez l’allée qui mène à la piscine. C’est un endroit peu fréquenté et pour ainsi dire sans risque. Longez la piscine en faisant attention de ne pas tomber dans l’eau. A ce stade, ça serait vraiment trop bête.
Vous êtes quasiment arrivé. A l’autre extrémité de la piscine une porte en bois s’ouvre facilement sur une allée qui mène à une autre porte qu’il faudra escalader à la courte échelle. Le plus grand passe le dernier.
Vous êtes de l’autre côté du mur. Dans la rue. Vous êtes libres. A vous les cinés, les cafés et les p’tites pépées.
Attention : le mur est punissable de renvoi temporaire ; ou définitif en cas de récidive.



Oncle Dan
http://oncledan.over-blog.com

par juliette b publié dans : Oncle Dan
Dimanche 11 novembre 2007


En avons-nous connus de ces professeurs, sans doute très compétents, mais qui nous terrorisaient par leur désir de nous instruire parfaitement !


Anet G. compensait les centimètres qui lui manquaient par la terreur. Il avait également remplacé les quelques kilogrammes qui lui faisaient défaut par un poids identique de machiavélisme. Le cou décharné de ce héron étique, qui surgissait d’un col de chemise amidonné toujours trop large, lui donnait des allures de Triphon Tournesol. Nous le trouvions cependant beaucoup moins drôle et il nous faisait vivre dans la crainte permanente de la « petite récitance du vendredi ».

La  « petite récitance du vendredi » était une courte interrogation écrite, impromptue, aléatoire et improvisée qui nous gâchait le reste de la semaine. Elle ne se faisait pas à main-levée mais au pied-levé.

Aussi, notre estomac se nouait lorsque la frêle silhouette se dessinait sur le chambranle de la porte, glissait le long du mur en montant les marches de l’estrade et disparaissait derrière le bureau dans un grincement d’os. Commençait alors une courte éternité d’anxiété.

Toute la classe attendait dans un silence polaire le verdict du vendredi.

⎯    « Ouvrez votre livre à la page 42 » et c’était un soulagement général, quelque soit, d’ailleurs, le numéro de la page. L’air redevenait respirable. Dans notre cour de récréation, les oiseaux se remettaient à chanter, nous faisant déjà savourer la perspective d’un week-end serein.

⎯    « Une petite récitance » énoncé sur un air méphistophélique, en détachant chaque syllabe, nous figeait le sang et augmentait notre aversion du vendredi, du poisson et de Robinson Crusoé.

En tirant d’un classeur à anneaux une feuille à gros carreaux qui nous servirait de copie, nous avions le baromètre de l’humeur en chute libre. Les « petites récitances du vendredi ».étaient un condensé de pièges funèbres et de sinistres difficultés de la langue latine, plus morte que jamais. Anet G. avait fait de chacune de ces interrogations un instrument de torture, une dictée façon « Prosper Mérimée » qui nivelait la classe par le bas, rassurant le cancre et désespérant le bon élève.

Il avait les yeux cernés comme la maison d’un fou sanguinaire, et dictait ses questions en balayant la classe de ses félines pupilles qui, par la grâce de fentes palpébrales effilées comme des meurtrières, ne laissaient passer en guise de regard qu’une aveuglante intention de massacre.

La traduction de « La guerre des Gaules », oeuvre de notre ennemi César, n’était pas davantage un exercice de tout repos. Il ne mettait toutefois au supplice que trois ou quatre élèves par séance, et nous gardions toujours l’espoir, naturellement, de ne pas en faire partie.

Anet G. était malingre et maladif. Pâle, le visage crispé, il quittait parfois la classe, plié en deux, un poing serré sur le ventre. Nous recevions ces interruptions de cours comme des oasis de tranquillité. Rien d’étonnant, après tout, à ce qu’un professeur de langue morte ait mauvaise haleine.

Cela est parfaitement monstrueux, mais aucun de nous ne souhaitait une amélioration de l’état de santé du professeur de latin.

Oncle Dan


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par juliette b. publié dans : Oncle Dan
Vendredi 2 novembre 2007


Une chambre rose
en haut d'une tour ! 
Je comprends ton impatience



Marge, ne vois-tu rien venir ?
Tante Babette prit une profonde inspiration.
Personnellement, je ne le fais jamais dans le métro, à cause des odeurs.
Il est vrai que pour une mauvaise surprise, c’est une mauvaise surprise : le quai du métro est noir de monde. Une rame sur cinq ! C’est lamentable. Le tourbillon de la foule illustre la déchéance de ce régime communautaire. Je sens monter mon gourou, mon fourre-tout, j’en bafouille, mon courroux. J’égorgerais volontiers le premier ou le dernier venu. Indifféremment. Me faire ça à moi. Le jour de mes noces. Je suis décomposé.
Tante Babette me l’avais prédit : « En novembre, Marge ou grève ».
Marge est dans sa vingtième année. Elle est formidable, un peu extravagante mais exceptionnelle. Son sourire et son expérience forment une alchimie qui m’enchaine, exerce sur moi un pouvoir persuasif qui exacerbe mon lancinant désir et me fait jubiler.
Je dois absolument la rejoindre dans sa chambre. Une chambre rose, en haut d’une tour. Elle habite au vingtième étage. Une très belle chambre avec des images de Pokemons sur les murs, des poneys sur la commode et des poupées de fête foraine sur un dessus de lit en crochet. En ce moment, c’est sûr, elle doit mettre sa main en visière sur son front et surveiller ma venue. Quelle souffrance si elle ne me voit pas arriver. Mon absence va la rendre folle. Elle ne sait pas simuler.
Je lui apporterai des madeleines. Elle adore ça.

Oncle Dan
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par juliette publié dans : Oncle Dan
 
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