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Vendredi 9 mai 2008


"Ensorcelante magie du Tango"..; tu le dis si bien Maline

 
Sous la lune ronde s’arquent deux bras, deux jambes, deux corps ; se rejoignent deux âmes  pourtant immobiles. L’une, vêtue d’un noir ardent, propose aux yeux de l’autre la parure rouge de son amour, les délicieuses révolutions de sa passion. L’autre, une fleur sur des cheveux d’ébène, invite et repousse tout à tour, joue au jeux du désir et de l’abandon. Et sous la voûte du ciel absent, fi de la nuit et de l’ombre, dansent deux créatures à l’unisson.
Du regard d’une étoile, tango balancé, tango serré, prélude à la fièvre urgence qui – de son doigt posé léger sur son épaule, de sa main posé collé dans le creux de ses reins, de son souffle court dans son cou, de son parfum chaud sur sa joue – s’emparera bientôt d’eux, n’est que l’illustre illusion d’un temps éternel, que la magie d’une transe où l’infini côtoie l’ordinaire : un pas, un autre, et l’envie, encore. Que la magie d’un corps à corps rythmé d’un commun accord lorsque l’apaisement succède aux pulsations instantanées, précède à d'audacieuses figures, à d’aventureuses rencontres d’un pied contre l’autre ; à la communion d’une seconde et puis d’une autre. Qu’une ensorcelante magie, qui ne dure que l’espace frustré d’une milonga ; et ne s’étend ni aux temps chagrinés ni aux lieux désolés.
Du regard d’une étoile, tango balancé, tango serré, n’annonce que ce tango cris, tango larmes, tango folie, tango jalousie, qui – de son œil enflammé, de son dos cambré, de son talon campé, de son port de brûlante fierté – pointe déjà aux partenaires étourdis de musique, enivrés des insidieuses fragrances de l’amour, égarés par les affres exquises d’une danse d’un soir… Mais chut, car sous la voûte du ciel absent, fi de la nuit et de l’ombre, s’arquent deux bras, deux jambes, deux corps ; se séparent et se rejoignent deux âmes pourtant immobiles ; dansent deux créatures à l’unisson… Alors chut, aux amants improvisés ne révélons ni le mal ni la mort ni la peine, car pour eux seuls s’animent au firmament les brillantes étoiles du tango ; milles visages, milles vérités et milles facéties, comme le bref théâtre de la vie.
 
Maline
http://maline.unblog.fr/
par juliette b. publié dans : Maline
Lundi 24 mars 2008



Nous attendons, humains attentifs, espérants....


 

Visages burinés, mains écorchées et corps fatigués ; j’attends. L’un de ces regards qui ne soit pas empreint de pitié, l’un de ces sourires qui ne soit pas grimace déguisée ; l’une de ces choses qui ne viennent jamais. Peut-être ne faut-il pas trop croire, en la nature et en sa bonté ; peut-être faut-il douter, du temps et de l’humanité…
Rues propres, champs moissonnés et toitures réparées, j’attends ; il est six heures, un soir d’été. Fiat lux ! Que la lumière soit ! dira demain la soutane du curé ; fiat lux ! Que vos yeux voient ! réfutera le silence nos bras ouvriers ; fiat lux ! Que l’ombre et la clarté ne se mélangent pas ! retiendront les ouailles endimanchés… 
Gobelets vidés, outils rangés, et sacs de papier fermés ; j’attends. Le forgeron forge encore, le tisserand tisse l’ultime mètre, le mendiant mendie sa dernière pièce. Moi, j’attends l’espoir. Que le forgeron prêche, le tisserand chante et le mendiant philosophe ; que l’on se souvienne qu’un pauvre laboureur laboure, et pense, aussi…
Travail accomplit, journée bien remplie et quelques instants de répit ; j’attends. Mais quitte-t-on sans le renier son état laborieux ? Passe-t-on du jour à la nuit, du blanc au noir, du solide au gazeux ; du corps à l’esprit ? Soudain, là-bas, au coin de la rue, une femme me sourit. Je n’attends plus. Il est six heures, un soir d’été…
 
Maline

http://maline.unblog.fr/
 
par juliette b. publié dans : Maline
Mercredi 20 février 2008


Oui, bel iris, le monde sera meilleur par toi,
grâce à  Maline
poètesse


Un pétale de dentelle blanche, délicat et tendre, nous est né au matin. Soleil d’une timide caresse, rosée d’un lent baiser, il s’éveille et s’émerveille de ce jardin voilé d’un doux reste de nuit. Petit chose étonnée de couleur innocente, il s’ouvre et se donne tout entier – symphonique prodige de liberté – à l’envoûtement du vent qui l’appelle en son sein, au frissonnement que lui propose l’aubade de la brise. Précautionneusement, pétale après pétale, se déplie alors l’embryon froissé d’une fleur offerte au prémices de ce jour, brillant d’unicité.
Au milieu de ses frères, jeunes pousses graciles et tiges fraîches, têtes couronnées fièrement élancées à l’assaut du ciel clément, éclos ainsi le blanc iris fleurdelisé, perle rare et veloutée de la légèreté de ses fragrances passées, de la tiédeur irisée de ses nuances opalines, de l’involontaire grâce de ses pétales ployés, de l’euphorie éthérée, enfin, de ses gloires ternies.
Car déjà – carpe diem – une main s’approche, s’étend, hésite, revient ; cueille le témoignage passionné de la fleur florentine arquée en plein ciel comme pour lui transmettre le message codé que les dieux, ou bien les hommes, ont confiés à sa corolle…
Et s’endort dans le creux de cette paume ouverte le déclin anesthésié d’un immaculé iris, ni tout à fait neuf, ni tout à fait fané, mais qui porte en son cœur l’espérant émoi de qui quitte ce monde, assuré de l’avoir rendu un peu meilleur.
 
Maline
http://maline.unblog.fr/

par juliette b. publié dans : Maline
Mercredi 6 février 2008



Comment se fier à un miroir, il ne montre jamais ce que l'on désire, on aimerait y voir un passé heureux, un visage tendre, on ne voit que présent lassé et désillusions, faux rêves...



 

Soupir.
On ne voit pas toujours son reflet dans un miroir. Pâles et intransigeants, les reflets sont rituels, formels ; partiels. On n’y voit que cet instant là, définitivement figé ; provisoirement imparfait. Seule, peut-être, la conjugaison de toutes ces réflexions, indignes portraits distingués, pourrait oser concevoir l’esquisse de ce que l’on est.
Soupir.
Dans ce miroir, lui voit des yeux sans fond, perdus et vagues comme l’écume de sa voix qui ne les atteints pas. Dans ce miroir, elle voit l’ombre d’un regard, translucide et vaste comme les choses oubliés, qui errent, ignorantes du passé. Dans ce miroir, il voit des cheveux défaits, ombrés de frissons, poudré d’argent ; des cheveux qui parviennent presque à donner l’illusion d’antan. Dans ce miroir, elle voit des mèches plombées de blanc, parcheminées de temps ; des cheveux qui ne jouent pas au vent. Elle voit des lèvres ternes et ridées déjà, des pommettes saillantes et inconnues, des sourcils qui se froncent laconiquement. Il voit des lèvres fines et moqueuses encore, des pommettes hautes et rieuses, des sourcils qui se sourient symétriquement. Dans ce miroir, il voit une épouse, une mère, une aïeule qui ne le reconnaît pas, ne le reconnaît plus.
Soupir.
Résiduelle écume instantanée, insaisissable sable filé, inconstante image renvoyée ; dans ce miroir, elle voit une femme, pas vraiment belle, pas vraiment vieille, une femme malhabile et insolite, dont le reflet translucide et vaste comme ces choses oubliés, erre, ignorant du passé. Et puis, à l’ombre frémissante d’une voix monotone, vaguement familière, ces grands yeux sans fond, perdus et innocents comme le timbre de cette voix qui ne les atteints pas, ces yeux flottent, s’approchent et se retirent, comme le soupir d’une vague incertaine, peut-être celle, fugace, du souvenir…
 
Maline
http://maline.unblog.fr/
 

par juliette b. publié dans : Maline
Jeudi 17 janvier 2008




Si poétique évocation de Cendrillon..



 
Envolées d’infimes particules cendrées, bois brûlés, vies fumées ; a-t-on jamais douté que l’autrefois ai existé ? D’une flamme dorée, d’un crépitement fragile, et puis – déjà – plus rien. Rien que le gris, le blanc et l’ennui. Rien que moi et l’âtre froid. Rien que ce soir qui s’éternise et demain qui ne vient pas. Rien que l’espoir larvé, maladif, qui s’obstine à vouloir m’occire. Envolées. Envolé l’hier qui n’est que le songe d’un enfant ingéré dans le ventre de sa mère, porté par ses bras chauds et sa voix féconde ; envolé l’avenir qui n’est que le tunnel noir et le monotonique déroulement de ses murs plats, à la mesure de mes pas. Cristaux calcinés, charbon consumé, destin fugué. Envolées.
Moi, je ne suis qu’un rêve de présent : je suis le néant. Personnifié. Je suis la solitude et les larmes fatiguées. Et je suis le souffle. Le souffle qui parsème, avec la fervente foi des mourants, les restes incinérés, les poussières au vent et les fragments dissidents, comme si la magie d’une bonne fée avait pu les transformer. Envolées.
Envolés les rires terrés si loin que je ne saurais à nouveau les prononcer, et les sourires que je contemple parfois, comme un objet désuet ; envolées les certitudes et les vérités pour cette unique – ultime – réalité : moi, je suis cendrillon, dernière hygiénique identité. Moi, je suis cendrillon comme ceux qui souffrent d’y croire, je suis cendrillon comme l’agonie terrible d’un soleil du soir, condamné à renaître perpétuellement, éternel renouvellement, analogie de l’instant ; comme les flammes de l’enfer. Moi, je suis et donc je pense. A ces restes envolés, à ce qui ne sera jamais – ironie du sort ou de la providence que cette faculté de penser. Envolées.
Envolées de scories éparpillées, parcelles oubliées, étincelles négligées ; envolées de volutes, pléthores et théories, jusqu’à reconstituer un ordinaire savon cendré, et ainsi effacer, corps et âme, la fatalité. Et puis, peut-être, au hasard, recommencer...
 
Ma
line
http://maline.unblog.fr/
 
par juliette b publié dans : Maline
 
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