EN LISANT , EN GOUTANT, EN RESPIRANT.
D’infinis paysages se lèvent quand je tourne les pages de mon livre.
C’est comme un camaïeu de couleurs beige, acajou, basalte et lave refroidie, sur fond de touffeur tropicale.
Comme un arôme apportant avec lui le gingembre, la muscade, les clous de girofle et les baies piquantes. Je relis un vieux roman d’amour, d’histoire et d’aventures, et tous ces noms,
chargés d’images et de parfums: Archipel des Mascareignes, Ile de France, campagne des Pamplemousses, District de Moka, Port-Louis ou Beau-Bassin et Rose-Hill, évoquent aussitôt des
lieux – oh ! Ces maisons coloniales où des créoles vêtues de mousseline dansaient la chaconne - que je ne visiterai jamais.
Ces infinis paysages de l’imaginaire.
A l’ombre des frangipaniers, des flamboyants et des bougainvillées…
Prenant forme, couleur et densité dans l’athanor des mots et de leur signifié.
Et je suis les méandres de la rivière des Pamplemousses, je pénètre dans l’ancienne propriété de Mont Plaisir
des époux Poivre. J’emprunte l’avenue principale, dédiée à Monsieur l’Intendant des Iles de France et de Bourbon, et comme une planteuse du XVIIIème siècle, je supputerais bien la récolte des
girofliers, de leurs mille petits clous de bois brun dont le piquant surprend les papilles; celle du muscadier, aux vertus psychotropes surprenantes – dans une noix au caractère si
bonnement ménager ; de la cannelle, qui parfumera chocolat, tisanes et pâtisseries de pommes – sans oublier l’aristocrate, et pourtant si démocratique épice de tous les repas, déclinée dans
toutes les présentations possibles, sur les tables du monde entier – jusqu’au dernier plateau en plastique d’un quelconque fast-food de gare ou de métro :
Monseigneur le grain de poivre…
Dans son habit gris, noir, vert ou velouté…
© Pivoine,
http://quartzrose.canalblog.com.
La lumière dore
un jardin nouveau,
nos pas frileux
nous mènent hors l’hiver
hors le froid et l’ombre,
la brise enchante
l’air lumineux déjà,
jeune, pâle, doré,
ambre transparent,
soleil timide
jours hésitants,
guident l’abandonnée
vers l’arc de nos bras
On a ouvert portes et fenêtres....
...on t’attend.
juliette
On a ouvert portes et fenêtres, MIS
la clarté du matin
a découvert un ciel
brumeux et lumineux,
ambré de l’or des jours,
et tes pas incertains,
ont cherchés un abri
couleur de tendresse.
Viens, ne fuit pas
farouche et hésitant.....
....on t’attend
11 mai 2006- jb
Nous avons ouvert portes et fenêtres
Tu t’es envolée,
sans sourire
sans regard
heureuse oiselle
fragile, inconsciente
heureuse abeille
d’or butineuse,
parfum échappé
vaporeux, léger,
.
viendront
bruine des jours,
nuit bruissante,
et appels inquiets,
tu sauras ...
....on t’attend
__13 Mai
Dites-moi :
On a ouvert portes et fenêtres
On a balayé de la cave au grenier
On a délogé toutes les araignées
On a secoué tapis et oreillers
On a débouché baignoires et éviers
On a passé des heures à astiquer
On a essayé de se pomponner
On a même commencé à fredonner
Avec une envie folle de partager
Alors dites-moi pourquoi,
Oui pourquoi a-t-on laissé les volets fermés ?
ABC
Avance à petits pas
Dans l’ombre silencieuse,
La main glisse
Sur la rocheuse paroi
Caresse l’ aspérité
Reconnaît la mousse
Improbable
Sent goutter entre
Les doigts chercheurs
L’eau lustrale
Des oublis incertains.
Le regard cherche
Une lueur tremblée
Une promesse d’aurore
À chaque détour
De la marche ombreuse.
Elle est là, non ici….
La nuit semble épaisse
Elle colle au visage
Les doigts griffent
Et déchirent
Une étincelle enfin…
Le pas se précipite
Glisse, court
Et se perd
Dans l’espoir d’un demain
Incertain et cruel
Espérant pourtant.
Juliette
Le soleil n'était pas encore levé....
Soudain je vis une chose étrange, dans la direction de Saint Brévin
ou de la pointe de Saint Gildas.
Elle attira mon regard.
Une lumière rouge orangée.
Je pensais que c'était un bateau qui avait allumé un phare pour se signaler.
Mais cette lumière pris d'étonnantes proportions.
J'avais l'impression qu'il s'agissait d'un grand voilier qui,
pour une raison qui m'échappait,
avait illuminé ses immenses voiles.
J'étais sur le point d'appeler Sirène,
pour qu'elle voie cette étrange chose,
et si possible m'explique de quoi il pouvait bien s'agir.
Mais la zone s'élargit encore en surface et en intensité,
devenant presque éblouissante.
C'est alors seulement que je compris :
c'était le soleil en personne qui se levait.
Honte à moi !
La nuit était cette fois bien finie .
Kasimir :
http://lachenaie.over-blog.fr/
--
Le jour se lève
Des vapeurs montantes de la terre
Aux brumes matinales
Je m’enivre et me désaltère
En cette aube subliminale
Une douce quiétude en mon âme
Se répand devant le jour qui se lève
L’Aurore à nouveau se pâme
Et mes regards au loin s’offrent une trêve.
Au-delà des crêtes une lumière nacrée,
Accueille de son chant d’allégresse
Dans sa robe flamboyante l’Astre sacré
Déployant ses longues et rouges tresses.
C’est l’embrasement du monde
L’harmonie des couleurs
Une symphonie de notes profondes
Qui déverse en mon âme des arpèges de bonheur.
Le chant du monde s’élève, et l’Aurore
Dans sa robe pourpre, timidement
Sort de sa nuit et mes yeux encore
S’étonnent avec émerveillement.
Je contemple cette fête de l’univers
Dans un recueillement à peine troublé par le silence
O ! Nature cathédrale aux tons divers
Laisse-moi encore quelques heures en ta présence.
Laisse-moi encore respirer tes parfums
Que nul au monde ne saurait inventer
Je veux remplir mon cœur en ce matin
De lumière et de beauté.
La fleur endormie, s’étire et s’éveille
Puis sans rancune s’offre au matin
Après une douce nuit de sommeil
Ouvre ses pétales de satin.
Sans aucune hâte je me penche vers elle
Respirer les senteurs quelle porte en son sein
La rosée du matin la rend plus belle
Mais je n’ose une caresse de la main.
Les étoiles s’évaporent dans un ciel trop bleu
J’entends mille sonates dans le concert
De la vie qui renaît peu à peu
Et je me réjouis de ce spectacle qui m’est offert.
Roland
roland01laurent-blog.fr.over-blog.fr
Souvenirs dévastés
Repères évanouis
Témoins vivants méprisés
Ames dans l'oubli
Plume .
http://demauxenmots.over-blog.com
C’était les pas du Gros, El Gordissimo, comme l’appelaient ses pairs. Il pouvait imaginer la poussière ocre se détachant du sol de terre battue et voletant pour accrocher le peu de lumière qui passait par le vasistas du corridor. Retombait-elle quelques centimètres plus loin ? Ses geôliers n’étaient pas de mauvais bougres, ils lui apportaient parfois des nouvelles de l’extérieur par le biais d’une lettre, ouverte, bien sûr, où les ciseaux de la censure avaient œuvré. Ces lettres, trois en presque deux ans, il les gardait sous le matelas éventré dont les ressorts avaient été ôtés pour ne laisser qu’une couche avachie.
Il ne les lisait que deux fois par semaine, comme on va à l’Eglise prier. Il craignait que la fine écriture ne s’évapore au contact de l’air âpre de la prison -ou de sa respiration-. Chaque dimanche et chaque mercredi, de ses belles mains de musicien, il déliait les lettres. Alors, l’encre bleue semblait palpiter de liberté. Puis, nourri d’espoir de n’être pas oublié, il les rangeait, doucement, une à une, dans une vieille enveloppe qu’El Gordissimo lui avait donnée. Tiens, les pas continuaient plus loin, peut-être pour aller jusqu’à la cellule du fond, celle d’où les râles nocturnes d’un malade s’échappaient.
Paolo avait la musique. Bien sûr, il ne pouvait la partager avec ses compagnons d’infortune – y compris ses gardiens- sans instrument et avec l’interdiction de chanter. Nul ne peut imaginer une prison où les prisonniers chanteraient en réponse à l’'un des mécanismes primordiaux du piano : le mécanisme d'échappement … Cette appellation technique le faisait encore sourire …
Alors, chaque matin, après le premier quart, il dessinait sur le sol les quatre -vingt-huit touches d’un piano et ses mains, articulées par et pour la musique, jouaient à sa mémoire « La Cantate de l’Espoir » …
Valdy
Nakamura San, la fille du Saule et des Fleurs
Elle ignore le fard blanc destiné à ses sœurs les Geishas, car la neige soyeuse et chaude de sa peau a
toujours été préservée du soleil. Il me semble que Nakamura San a reçu des kamis de la rivière Sumida, la fluidité de sa chevelure et, lorsque sous mon regard ébahi, celle-ci se
répand bien au-delà de ses hanches, il me faut la démêler. Je divise alors le flot enivrant de part et d’autre de sa tête, enchâssant les noires colonnes de ses cheveux sous de lourds peignes. A
ce moment-là, je pleurerai pour elle, car je les emprisonne dans une cage d’or, de perles et de bois. J’apprends l’art du maquillage à l’aune de ses yeux et, lorsque le doux bombé de
ses paupières s’abaisse, je devine en dessous la noirceur de son iris. C’est dans ce noir si précieux, pareil à la meilleure encre, que les hommes se risquent s’ils demandent son regard.
Aujourd’hui, dans le « jardin des mousses » elle a chanté, seule. Agenouillée sur une courtepointe chamarrée, à l’ombre d’une tenture, elle a conté, retenant sa peine, l’histoire des amants
séparés de Kyôtô. Nakamura San est une vraie fille du Saule et des Fleurs, dévouée entièrement à l’Art, le moindre de ses geste nous fait prendre conscience de l’instant présent. Pour sortir, je
l’avais aidée à revêtir le kimono de la troisième saison « l’été après l’été ». J’avais relevé sa chevelure et le col de celui-ci s’ourlait d’une courbe écarlate, sur la soie, des grues
semblaient prendre leur envol. Sa nuque audacieuse que j’avais ornée de poudre de riz était arquée comme la corde tenue dans la main de l’archer. Je vis alors ses doigts ciselés qui tremblaient
et, sur chacun d’eux, comme des pétales de prunier cristallisés dans le givre, ses ongles cassés …
VALDY
valdy.over-blog.com
L’arbre de pierres
Industrieuse construction, autel du souvenir, tu t’élèves vers le ciel comme l’aurige s’élance vers la
victoire. Trace de vie dans l’immensité aride caillouteuse, preuve de l’existence de l’amour, tu es la construction majestueuse qui symbolise l’attachement humain, pierre après pierre, le temps a
su faire œuvre de beauté et de solidité, et il nous reste de notre histoire commune une forteresse inaltérable, un sapin pierreux gigantesque, une preuve d’existence. C’est d’une certaine façon
dire que notre amour est construit durablement et résistera autant que possible à l’érosion des agressions incontournables de la vie.
De la fenêtre de ma chambre, je peux discerner sa silhouette au loin dans la montagne, et il me rappelle
qu’un jour tu reviendras. Alors je peux m’endormir tranquille, du sommeil du juste.
JOCELYNE
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