4:Laetitia
Au coup de sifflet, le train s’ébranle doucement. C’est le signal qu’elle attendait. Elle se présente, me dit qu’elle s’appelle Armande. Je lui réponds que je suis enchantée de faire sa connaissance sans toutefois lui dévoiler mon prénom.
Il s’ensuit un flot de paroles incessant. Je ne fais qu’émettre quelques sons de bouche. Elle doit se sentir écoutée et comprise. Sans m’en rendre compte, je l’incite à continuer.
Mon corps s’enfonce un peu plus dans le siège et mon esprit s’évade. Mon corps demande à mon esprit si ce n’était pas qu’un rêve. Non la réalité. Une si douce réalité. Une rencontre imprévue. Mon corps prend chaud à l’évocation de ces moments volés. Je n’ai pas osé lui demander son âge. Il était si beau. Il peignait un tableau au bord du lac d’Annecy. J’ai voulu m’isoler et je l’ai trouvé. Cette promenade m’a emmenée au delà de mes limites. Je n’ai pas pu résister. Je n’y ai même pas pensé. C’était comme si tout était naturel, comme si ça devait arriver. Nous avons bavardé. Le vent un peu frais nous a contraint à rejoindre la chaleur d’un bar. J’ai oublié que j’avais un train à prendre. La nuit est venue. Nous avons achetés une bouteille de vin et un plat chinois. Je me suis laissée guidée.
Chez lui, je n’ai vu que ses yeux, ses mains. Je n’ai plus eu froid. Je n’ai pas touché au vin et pourtant j’étais ivre. Ivre de tant de baisers, de caresses, de son poids sur mon ventre, de ses bras autour de moi.
Avant le lever du soleil, j’ai quitté cette chaleur. A contre cœur. Je suis partie à la gare prendre le train de 7h35.
Un coup de coude d’Armande me tire de ma rêverie. Elle s’excuse. Je la regarde sans la voir. Je ne réponds pas. Je me dis que cet homme là, si je le revois, je l’aimerai. De tout mon cœur, de tout mon corps.
Laetitia